vendredi 16 juillet 2010

La censure artistique est-elle un moyen de rétorsion admissible ?

Je souhaite aujourd’hui revenir sur un fait passé presque inaperçu, il y a un mois.

Nous nous retrouvons tous autour de la défense de Marianne, du Canard Enchaîné et de Médiapart, qui subissent les foudres du gouvernement après l’affaire Woerth Bettencourt. Ce que certains dénoncent comme une tentative de censure ou du moins de déstabilisation d’une presse non encore contrôlée, qui ne fait pourtant que son métier.

Utopia est un réseau de cinéma, créé en 1976 par Anne-Marie Faucon et Michel Malacamet à Avignon. Il s’est ensuite implanté dans sept villes en France et accueille environ 1,5 millions de spectateurs par an.
Ce réseau est un réseau important dans la mesure où il est classé meilleur réseau de cinéma d’art et d’essai par le Centre National du Cinema, le fameux CNC, depuis plusieurs années.

Juste avant la diffusion de son journal de Juin, la flotille « humanitaire » Free Gaza subit l’assaut des forces militaires Israéliennes. 
Utopia avait décidé de mettre en avant la sortie du film « A 5 heures de Paris », prévue au mois de Juin. Les dirigeants d’Utopia ont estimé que, « pour des raisons morales », il leur était difficile, en tant que « citoyens » d’écrire dans un tel contexte d’actualité, « des choses douces et légères sur un film qui donne une si paisible image d’Israël ». Ils ont donc décidé, à la surprise générale, la déprogrammation du film dans deux de leurs salles.

Cette décision a déclenché une vive polémique. Les critiques se sont misent à fuser de toutes parts de même que les communiqués, dont ceux de Bertrand Delanöé, Maire de Paris qui juge « absurde, injuste et contre-productif de s’en prendre aux créateurs pour condamner l’action d’un gouvernement. » et de Frédéric Mitterand, Ministre de la Culture, qui  fait part de « son incompréhension et de sa désapprobation à l’égard de cette décision (…) d’autant plus navrante que le nouveau cinéma israélien a toujours posé un regard lucide et critique sur le conflit israélo-palestinien et n’a jamais éludé ce débat. »

Un réalisateur hollandais demande alors le retrait de son propre film, pour exprimer sa solidarité à Leonid Prudovski, le réalisateur du film déprogrammé.



Utopia émet alors un communiqué, qui précise qu’ils avaient souhaité manifester leur désapprobation par une action à leur niveau. Ludi Boeken (le réalisateur hollandais) leur avait appris la participation de l’organe de production officiel d’Israél, fond attaqué par la droite et l’extrême droite israélienne, qui lui reprochent une trop grande liberté d’expression des réalisateurs. Utopia indique que la connaissance de ce fait aurait pu influer sur leur décision…

Des débats similaires ont eu lieu dans le monde de la musique, avec l’annulation de concerts en Israël de Gorillaz ou des Pixies par exemple.

Utopia confesse avoir agit maladroitement et une incertitude quant au bien-fondé de leur décision, qui aura permis malgré tout de faire passer largement le message de désapprobation. Utopia précise que leur intention n’était pas de boycotter ou de censurer le cinéma israélien, pas plus que ce film et son réalisateur en particulier.

Utopia revient enfin sur sa décision et décale la diffusion du film, qui sera accompagnée de l'organisation d'un débat autour de réalisateurs israéliens, parmi lesquels Leonid Prudovski, s’il répond favorablement à l’invitation.
C’est au final un coup de projecteur inattendu qui est donné à la sortie du film « A 5 heures de Paris » , qui était prévue le 23 Juin dans 80 salles en France.

Faits relatés à partir de l’article de Adrien Ribstein-Moreau d’Allociné.fr

Je réaliserai une critique de ce film dès que j’aurai pu le visionner. Amateur du nouveau cinéma israélien, une action de censure, en raison de l’actualité (quelle qu’elle soit ) m’aurait réellement attristé.

Le premier moyen d’action que nous ayons de communiquer notre soutien aux populations concernées (au pluriel) reste de ne pas déformer l’information relative à la réalité des faits politiques et de l’actualité.

C’est par la connaissance et la réflexion que se dessinent les solutions aux problèmes que nous rencontrons.

Les médias sont déjà globalement mis en cause pour l’absence de neutralité dans les informations qu’ils diffusent sur les problèmes du Proche Orient.
Un acte de censure artistique sur une œuvre (israélienne ou palestinienne cela reviendrait au même) n’aurait vraisemblablement pas aidé non plus.

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