vendredi 9 juillet 2010

Affaire Bettencourt – Que nous a appris la semaine du 3 au 10 Juillet 2010.


Le suivi de l’actualité télévisée est symptomatique de notre société : il montre un goût peu modéré pour le sensationnel et le superficiel.

Comme chaque jour, on ne peut échapper à l’information de la journée, incontournable, montée en épingle, décrite comme le principal fait marquant de la journée. Le sujet du jour chasse celui de la veille, qui hier, presque affaire d’état, sombre dans le désintérêt dès qu’un autre fait le chasse, voire dans l’oubli quelques jours après.

Cette semaine, il y a eu trois faits marquants. L’affaire Bétencourt bien sur, qui, derrière son aspect à la fois grotesque et exagéré, révèle un caractère en fait très important est restée dans la lumière au fur et à mesure que les faits toujours plus gros, s’enchaînaient, d’aveux en révélations. Vint ensuite la mort du petit Nicodème, affaire triste et tragique, arrivant à point nommé pour envisager une transition vers un autre sujet d’importance mais plus estival : la canicule.

Restons sur l’affaire Bettencourt.

Eric Woerth se serait bien passé de cette mise en lumière forcée. Coupable à ce jour, d’avoir sous-estimé la portée d’un conflit d’intérêt, sous la forme de la collaboration de sa femme avec l’état major de la quatrième fortune de France, le clou a été enfoncé par une seconde polémique, une légion d’honneur, puis une troisième, son influence dans l’évitement d’un contrôle fiscal. Puis vint l’affaire des enveloppes et enfin, l’enveloppe ultime, celle qui aurait permis de financer en partie la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Qu'est ce qui est vrai dans tout ça, qu'est ce qui ne l'est pas ? Le fait est qu'il y a trop de coïncidences pour qu'il n'y ait rien. J'ai toujours dit cependant, que la justice doit faire son travail, s'il y a lieu. Je ne cautionne pas la vindicte comme un système de justice, qu'elle soit populaire, médiatique ou politique.

Dès le lendemain, retour sur les aveux de l'ex comptable de Liliane Bettencourt, concernant l'enveloppe de la campagne, et une UMP qui crie victoire et qui prépare la riposte, comme si la révélation que ce détail pourrait être une intox, pouvait suffire à faire oublier le reste.

Cette affaire nous a appris que la gauche a encore un pouvoir d’opposition. Sous l’égide de Eva Joly, qui s’est conduite en procureur digne de l’inquisition, elle qui fût juge, et de Arnaud de Montebourg, incorrigible sale gosse de service, c’est toute la gauche qui s’élève, non pas pour la mise à mort d’un premier ministrable, mais bel et bien contre ce système d’abus de pouvoir organisé, précédemment dénoncé à juste titre par François Bayrou. C’est le premier enseignement de ce dossier. La gauche qui fait son boulot n’est pas encore tout à fait morte.

Le deuxième enseignement est cette extraordinaire propension de notre gouvernement à jouer collectivement la victimisation. On nous l’avait montré avant, l’équipe Fillon joue collectif. C’est la marque de fabrique du coach Sarkozy, dont le parton de la FIFA aurait mieux fait de s’inspirer, le mois dernier en Afrique du Sud.
L’unique défense, mais défense collective, aura été de crier à l’injustice, à l’accusation mensongère puis à l’imposture. 
Et la démonstration a cette fois été à la hauteur des plus grandes stratégies de l’histoire de France. Le gouvernement fait front. Au point qu’on se demande si le dernier épisode, l’enveloppe de la campagne suivi d’un retour sur des aveux aussi rapide que peu convaincant, n’est pas un épisode monté de toute pièce pour servir de contre-feu... au reste car le reste est suffisant en lui-même.

Ce spectacle, digne de la Comedia del Arte, montre à quel point l’opposition a frappé juste en dévoilant ce dossier. L’échec n’est pas possible pour Eric Woerth, car c’est la réforme des retraites qui est en ligne de mire, car c’est la probité du gouvernement Fillon dont il est question, car Nicolas Sarkozy ne sait plus comment enrailler la chute vertigineuse de sa popularité, et la réélection en 2012 devient de plus en plus problématique .

Je ne pense pas que Eric Woerth soit le coupable à abattre. Cette affaire est en fait révélatrice de l’effondrement de tout un système. Un système où tout est magouille, conflit d’intérêt, cooptation, renvoi d’ascenseur, autocratisme, et privilège de club privé, au mépris du peuple qui a porté ce gouvernement au pouvoir.
Le tout, grossièrement camouflé derrière une aura de transparence proclamée, derrière des déclarations de foi sur l’hôtel de l’honnêteté et de la probité, tellement grosses qu’elles sont admises par une population qui voit en ce système, l’espoir de la dernière chance, ou acceptées par l’autre partie du peuple, qui n’y croit plus et se soumet à son destin : payer.

Nous n’en pouvons plus de ce système de pouvoir méprisant autocrate et injuste, qui commence à  craquer de toute part. Et c’est la raison pour laquelle et jusqu’au bout, je soutiendrai François Bayrou, quelques soient ses défauts, Corinne Lepage et son bon sens politique et social omniprésent, Dominique de Villepin, détenteur actuel du mouvement populaire contre ce système et héritier légitime du Gaullisme. 
Et au final, celui qui aura le plus de chance d'empêcher Nicolas Sarkozy d'obtenir un second mandat.

Pour l’heure il est important que le dossier Bétencourt échappe au destin habituel des feuilletons d’été. Il faut compter sur l’opiniâtreté de l’opposition pour ne rien lâcher et obtenir le fin mot de cette comédie dramatique.

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